Compagnie XY, le Grand C, Saison Montpellier danse 2011

Posted on 25 novembre 2011

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Avant toute chose, il faut dire que la critique ici sera très peu libre. La Compagnie XY a une série de gros bras, dont un Chabal. Si jamais cette critique avait l’heur de leur déplaire, il ne resterait de moi que du petit bois. Je vais donc marcher sur des oeufs.

Dans la présentation de la pièce « Le grand C » dans le cadre de la saison Montpellier Danse 2011, il y a évidemment quelques interrogations sur les liens entre cirque et danse contemporaine… Mais il y a surtout, une fois ce point évacué, pas mal d’interrogations, nées de la vision elle-même. C’est de ça dont nous allons parler.

Les raisons de cette présence en saison tout d’abord. Evidemment, la collaboration ne date pas de ce coup là (Cet été, le Festival présentait déjà des pièces proposées par le « Pôle des arts du cirque« ). Je pense qu’elle provient de plusieurs remarques que s’est fait Jean-Paul Montanari. Tout d’abord, l’étonnante vitalité du cirque mis en spectacle. Ce n’est pas un phénomène vraiment nouveau. Toujours est-il qu’à la fois en Europe et en Languedoc, naissent et tournent des spectacles attachants, remplis d’artistes jeunes ayant envie de s’exprimer par là. Comme dans le même temps, l’essoufflement à la fois interne (la créativité) et externe (la réception par le public) de la danse contemporaine est très net, je pense que l’idée est une confrontation, permettant d’insuffler une certaine bouffée d’oxygène (une piqûre, oui, un peu ça…). Par ailleurs, les arts du cirque manquent ici d’une certaine « reconnaissance » officielle. Les spectateurs sont dans le bouche à oreille et fort nombreux. Mais les pouvoirs publics (qui sont les intermédiaires du financement, par le biais des subventions et autres investissements) n’ont pas forcément la même prise là que dans les autres arts de la scène. De cette façon, on trouve un biais, qui peut se révéler une porte d’entrée. D’où le compagnonnage entre Montpellier danse et le Pôle des arts du cirque  (ne me demandez pas ce qu’est un Pôle…. Sur une sphère, je vois à peu près. Mais dans la vie réelle ?!)

Voila la raison politique (au sens le plus noble du terme). Mais en voyant « Le grand C« , il n’y a pas mystère. Car cette oeuvre, par sa qualité intrinsèque (et évidente à qui l’a vue) a tout à fait sa place dans une saison Montpellier danse. On est très loin de ce que l’on voit au Festival, c’est à dire des oeuvres qui touchent à la psychanalyse ou au mysticisme. Là, on est dans une mise en place poétique de la virtuosité des corps. Et c’est toute la force de la pièce que son rythme donne du sens au rien qui est présenté. Car ces jeunes gens font des équilibres. Mais ils le font dans un rythme, dans une périodicité, une position sur scène qui font que le spectateur retient sa respiration et se laisse aller à leur promenade. Il y a quelques touches d’humour et un crescendo qui font que l’on repart avec le sourire (alors que l’on a vu pas mal d’efforts et de difficultés). Peut être qu’il y a un peu là dedans de la remarque de Bernard Tapie sur l’OM. « Les gens qui viennent au stade ont une vie constellée de défaites. Ils ont envie de s’associer à des victoires » (en substance). Là, on arrive à vaincre la masse (certains disent le poids), on souffre mais on gagne et avec le sourire. D’ailleurs, les artistes de XY cherchent l’impossible. Ce sont les gros qui courent, les malingres qui portent (à un moment de la pièce).

Cette beauté poétique a remporté un franc succès, une ovation debout unanime…

On pourrait s’arrêter là. Mais évidemment, notre esprit chagrin ne peut s’en contenter. Et se doit de regarder ça dans le miroir de la danse contemporaine… Car ce n’était pas de la danse contemporaine, même si c’en était très proche (au sens de Laurence Louppe) car cela produisait de la poésie avec le mouvement des corps.

Première remarque : ils ne dansent pas, même quand ils s’y essaient (mise à part une des acrobates, qui est aussi une vraie danseuse). Leurs corps, les assises de leurs corps quelque part empêchent une rythmique et il faut bien le dire une grâce qui est celle de la danse. Ce qui d’ailleurs met de la complexité dans l’analyse primitive des propos de Laurence Louppe (la danse contemporaine, c’est de la poésie sur scène… eh ben non, loin de là. Là, il y avait poésie, mais pas danse).

La deuxième remarque est plus troublante. Il n’y avait aucun sens à leur propos. Sens au sens (ah ah) de signification. Ce qu’ils faisaient n’était rien, sinon une suite de gestes. Mais de sens poétique, affectif, voire raisonnable, il n’y en avait pas. Et quelque part, c’est important. Ils étaient dans quelque chose qui n’avait aucune importance vitale apparente. Ils étaient donc de ce fait uniquement dans une relation commerciale avec le spectateur. C’est peut être une erreur de ma part, mais j’ai toujours le sentiment que l’art peut se passer de spectateurs, lecteurs, auditeurs. Evidemment, c’est mieux quand il y a quelqu’un au bout du fil, mais ce n’est pas l’essentiel de la chose. Si cela compte vraiment pour l’émetteur, il y aura toujours à un moment un récepteur. On le fait donc pour soi d’abord et on est heureux que les spectateurs suivent. Là, on était vraiment dans un processus inverse. Je ne vois pas du tout en quoi ça peut être vital de faire ça dans ce sens, mais le public lui était déchaîné. Ceci m’amène dans une profonde interrogation sur l’état actuel des arts du spectacle. Car, n’est-ce pas pareil avec Lou Reed-Metallica ou Johnny ?… les spectateurs veulent du rien… bien fait évidemment.

Troisième remarque : la nostalgie graphique et musicale sous-jacente. On avait vraiment le sentiment, au son de l’accordéon et au vu des vêtements, d’une nostalgie profonde vis à vis d’une certaine France ruralo-petites villes des années 50-60. La pièce m’a beaucoup fait penser à certaines oeuvre de Découflé, évoquant Bourvil et les bals de campagnes (les lampions, tout ça tout ça…) Un tel succès public malgré ce petit coté vieillot ? Qui pourrait expliquer ça ?

Dernière remarque : la notion de gravité (au sens de la masse et du poids). Alors qu’en danse, on cherche à s’extraire de la gravité, à présenter des interprètes sans poids apparent (hormis dans certaines tentatives… disons alors, en général), là, le but c’était de faire apparaitre le poids. La plupart des exercices et des gags tournaient autour de ça. Et même quand ils vainquaient la gravité, elle se voyait pleinement. C’est pour moi, le plus incompréhensible… à moins de le remettre en rapport avec les prestances et les corps évoqués plus haut. A moins aussi de considérer comme un parti-pris cette approche de la gravité. Certains voulant voyager légers (la danse contemporaine et la danse en général), d’autres voulant s’y colleter.

Bref : du public, une ovation debout… pour une pièce construite en région. Qui dit ça en saison, en danse contemporaine, le tout avec le même staff d’organisation ? Hum… Est-ce que ça à un lien avec tout ce que je viens d’évoquer ? Ptet’ bien !

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