Hôtel Palestine, au sujet du conflit du théâtre et de la danse

Posted on 17 novembre 2011

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Fall encore ! Tout en étant acteur chez Bouffier à la Paillade, il met en scène « Hôtel Palestine » au Chai du Terral de Saint Jean de Védas. (Pourquoi ce lieu ? Parce qu’il s’agit de la saison des 13 Vents, dont Jean Claude Fall a été directeur). Et là, on pourrait le traiter comme le précédent « Costa le rouge » (Fall a beaucup aidé la danse contemporaine, gna, gna…) Mais en fait, j’ai envie d’en parler parce que la pièce m’a beaucoup marqué et m’a rappelé un discours assez visionnaire de Jean Paul Montanari, voila quelques années.

Pendant une Conférence de presse de fin de Festival, il avait évoqué la mort de la danse contemporaine. Il avait avancé des arguments liés à la libération des corps. C’était un évènement à la fin des années 60 (pour quelque chose qu’on pourrait appeler l’élite) et 70 (pour le reste de la population). Mais cet évènement s’est désormais installé/stabilisé et cet aspect s’est donc éteint en tant que moteur. L’autre aspect qu’avait évoqué Jean-Paul était la montée du libéralisme (le sujet de « Hôtel Palestine »!) et le fait qu’il était nécessaire de parler, y compris sur scène … et que donc le théâtre redevenait essentiel.

(Je souscris à 120 % à ce genre de propos. Les choses humaines ont besoin de « moteurs »… et les formes artistiques ne sont pas indifférentes à ce fait. A l’inverse, je ne pense pas que celles-ci aient tant que ça besoin d’écoles… Et je pense même que les processus de constitution d’écoles ou d’académies ou de conservatoires vont pousser à une stérilisation en avançant la technique en lieu et place de la nécessité sociale ou vitale… Mais bon, ce que j’en dis.)

Ceci dit, pourquoi parler de mort de la danse (contemporaine, autrement dit du moment de la danse contemporaine) ? Sans doute aussi parce que Jean-Paul raisonnait en termes de public. Qu’il sait que celui-ci n’est pas extensible… Et il est vrai que voir « Hôtel Palestine » dans un Chai du Terral bourré plusieurs soirs de suite… Alors qu’on sait bien que les salles de danse ne sont pas aussi « abondées »… Si le théâtre redevient essentiel et que la danse contemporaine s’académise et devient peu nécessaire… il est clair que les finances vont manquer (ce qui est le cas, non ?)

Revenons à la pièce. « Hôtel Palestine« , c’est à Bagdad, la salle de presse du gouvernement américain délégué en Irak (explosée quelque temps plus tard, cf. photo ci-dessus). Le texte de la pièce est simplement une série de textes officiels énoncés par quelques personnalités américaines va-t-en guerre (dont Bush). Ajoutez-y un dialogue entre « l’administration Bush » et les journalistes : certains franchement hostiles à cette administration, certains fans absolus. L’effet est choc et grandiose. Alors que le texte est finalement assez brut et très peu poétisé ! Autrement dit, on est totalement dans le discours de Jean-Paul… La situation est tellement dramatique que mettre sur scène une simple dialectisation de la société devient un évènement artistique, ou au moins impactant scéniquement.

Et là, c’est tout à fait ça. En tant que responsable politique, je trouve que le texte est très primitif. Il met du coté du mal Bush et les « Tea Party », autrement dit les « libéraux » américains. Sans parler à aucun moment du discours d’Obamah au Caire (CLIK) qui marque tout autant la phase récente de l’impérialisme que les discours de Bush (la seule différence c’est qu’Obamah dit que ce ne sont pas les militaires américains qui vont « libérer » les peuples… Mais le modèle, cette liberté-là, c’est bien les mêmes non ?)

Eh bien, malgré mon scepticisme/indifférence politique vis à vis du texte, je ne peux m’empécher de dire que j’ai pris mon pied, que j’ai été impacté. J’aurais envie de comparer ça à certains disques de rock… où il est clair qu’on n’est pas dans l’inventif, on est dans la recette, dans la virtuosité, dans l’effet de descente de manche de guitare, mais que c’est bon, putain ! ZZ Top, John ‘Cougar’ Mellencamp, Creedence ? Ouais (que des américains, tout ça, tsssss… bon on peut citer des australiens).

Alors, j’ai envie de dire quelque chose qui va paraître un peu pompier, mais bon. Les pièces des grecs antiques étaient des réflexions sur la guerre qui permettaient de relativiser les futures décisions de l’assemblée vis à vis des aléas politiques et surtout vis à vis de la guerre (et de sa décision). Or nous sommes en guerre. Et il n’y aucun débat démocratique sur cette histoire (de même que sur le nucléaire, d’ailleurs). Le cinéma pourrait faire l’affaire (la télévision ne le faisant pas). Mais pourquoi passer au stade industriel qu’est le cinéma ? L’auteur et là le metteur en scène montrent, assez simplement, que le théâtre, dans cette histoire de guerre et de décision démocratique, est toujours aussi efficace. Inutile de remonter à la guerre de Troie ou au conflit avec les Mèdes. La guerre en Irak fait l’affaire.

Et c’est clair que ça impacte pas mal de fois plus que la danse contemporaine… Sauf que, sauf que… le spectacle sur le racisme, due à la sud-africaine Desire Davids cet été était largement au niveau. Et sur des base plus intimes et moins impactantes… Et les thèmes de la maladie et de la dégénerescence des corps, peut-on vraiment les traiter au théâtre ? Donc, je conclurai en disant que la danse n’est pas morte. Ouf !

Au chapitre virtuosité, saluons les acteurs et actrices et le travail vidéo/décor. Fall a pas mal regardé ce que faisait Bouffier, c’est clair. Il a aussi bien aimé Apocalypse Now, mais comment lui en vouloir ?

Note : Tout ceci suggère qu’il faut que les danseurs trouvent quelque chose pour que la danse redevienne aussi essentielle au public qu’elle l’est à eux  !

PS : Un des points un peu originaux du texte est l’introduction de la théorie du « fascisme soft« . Mouais… Je trouve ça bien moins intéressant que la notion de « poutinisation » qui est très bien décrite d’ailleurs dans un solo de Fall dans « Costa le rouge« . Le modèle politique actuel est en fait tout simplement ce que l’on appelle la « ploutocratie« . Le mot fait un peu ancien et d’ailleurs celui qui a le mieux écrit dessus est Jack London (aux alentours de 1910). Evidemment, ça fait loin. Mais bon, pourquoi ne pas utiliser les concepts, même s’ils sont vieux ?… Dans le même ordre d’idées : « Costa le rouge« … Son auteur a manifestement rien compris à la plus-value. Tssss…..