Virage

Posted on 11 novembre 2011

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Je ne sais si ce qui va suivre a un quelconque intérêt, mais comme j’en ai parlé avec une amie responsable de compagnie théâtrale et par ailleurs cadre supérieur de l’université (donc ayant désormais une grande importance pour la danse !)… j’ai envie de le mettre par écrit.

Ces derniers jours, Montpellier-danse a proposé, d’une part Le roi des bons de Bernard Glandier, d’autre part Pudique acide / Extasis du duo Mathilde Monnier, Jean-François Duroure. Voici deux oeuvres qui ont été composées il y a pas mal de temps, disons dans la grande période créative, que je qualifierai de « fraîche », de la danse française.

(A l’époque, on a parlé de « nouvelle danse française ». Avec le recul, elle n’avait rien de bien nouveau, en termes stylistiques… Les danseurs et chorégraphes qui se sont affirmés là se situaient dans une ligne très claire par rapport à leurs prédécesseurs. Le mélange des genres « français », « allemands » et « américains » de l’époque a pu donner une certaine illusion de nouveauté, mais bon.. Par contre, ce qui était nouveau, c’était l’alliance d’une certaine lbération du corps (et du corps de la femme notamment, ou du corps des homosexuels) et d’une certaine prise en compte/prise au sérieux des « arts mineurs » (eh oui, on a parlé comme ça à une certaine époque…), prise au sérieux accompagnée d’un véritable nouveau financement, celui des années Lang et de la création des CCN.)

Je dis « fraîche » parce qu’il y a eu assez rapidement une période « morbide » liée au SIDA et au libéralisme (qui est un mouvement planétaire, il ne faudrait pas l’oublier… et il a son influence de morosité et de dureté sur les moeurs et les caractères, c’est une évidence).

Or donc, ces oeuvres étaient-elles conçues pour être représentées ensuite par « la génération suivante » ? Il se trouve que pour ces deux pièces là, je ne suis pas si sûr de dire non ! Car à la fois Glandier et Monnier sont dans un esprit patrimonial, de mémoire, de bibliothèque, pourrait-on dire. Mais peu importe que l’exemple ne soit pas si pertinent (je ne fais pas un procès d’intention, je fais une remarque en général).

Car en même temps, ayant vécu cette période, je ne pense pas que les créateurs de l’époque en général pensaient s’inscrire dans un répertoire. Ils pensaient s’inscrire dans une histoire de l’art, ça par contre, oui. Ils pensaient que ce qu’ils faisaient était une étape, qu’il fallait la faire, que c’était très bien, voire même fondamental, ce qu’ils faisaient… Mais que 30 ans après il fallait (il faudrait) passer à autre chose. Pourquoi je dis ça ? Parce qu’ils disaient ça des autres, de trente ans plus vieux… hormis les underground de trente ans avant (Cunningham étant à la fois, à l’époque, underground et bien connu… Enfin, disons plutôt « rentable« , car en fait l’underground était très connu, formant la plupart des fututurs cadres, y compris journalistiques… Tout est si compliqué !)

Bref, à l’époque de la création de ces pièces, vouloir jouer des pièces vieilles de trente ans, c’était quelque part suspect… Ou sinon suspect, de toute manière « du mauvais coté de la force ». Les mots étaient péjoratifs. On parlait souvent des « dinosaures ».

Ce qui allait avec ça, c’était l’idée de « compagnie ». Il fallait sortir de l’académisme, des écoles, des ballets… Et de ce fait, il devenait très difficile de jouer un « répertoire ». La boucle se bouclait assez naturellement.

Le temps a passé. Tout le monde a ouvert des écoles. Certaines sont désormais dans le cursus des universités, au lieu de dépendre du ministère de la culture. Mais cette distinction est assez artificielle, car il n’y a qu’en France que les cycles supérieurs peuvent dépendre d’un ministère de « l’art ».

Ayant construit des écoles, « ils » ont implicitement cisaillé la vie de leurs compagnies. (Le cheminement de Mathilde Monnier est très significatif de ce mouvement). Et il faut bien leur faire danser du répertoire, à ces écoliers !

On voit donc le passage. Pendant longtemps, Montpellier-danse a fait des reprises de pièces (car un Festival se doit de s’inscrire dans le patrimonial). Mais il s’agissait de « coups » épisodiques, en lien avec les écoles locales… Ou d’achats faits dans des pays (Irlande, Suisse…) ou le mythe novateur des danseurs français des années 80 n’avait pas pris (autrement dit, on en était resté aux « ballets »)

Désormais, c’est en France que cela se « produit ». Fin d’une époque. Fin d’une particularité française ? … Ce qui est au fond la ligne « libérale nationale » depuis Giscard (père ou fils-Valéry, allez savoir ?)

« Come on, you’re in the real world » !

PS : En me relisant, je pense aux nominations/remplacements dans les CCN. Je suis sûr que si on faisait un sondage sur « que pensez-vous des écoles ? » (surtout sans employer le mot-repoussoir d‘académie), on observerait un renversement de tendance des réponses sur la période des 20 ans de CCN.

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