Nawel Skandrani ; Jawhar Basti ; ARTcè/seuLement

Posted on 28 juin 2011

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L’impromptu de Carthage

La pièce (savoir si c’est une pièce est une question, on va y revenir)  ARTcè/seuLement a été décidée pendant une manif pour la laïcité, une de ces manifs au cœur de la révolution tunisienne du printemps 2011. Les deux protagonistes se connaissaient déjà, à la fois par hasard et par nécessité (tous deux sont des artistes de la scène – ils auraient dû se rencontrer sur un plateau – en fait ils se connus autrement, mais c’est une autre histoire). L’une est une danseuse et une dirigeante de compagnie officielle. L’autre est un guitariste. Il l’accompagne pendant ses explications/retours en arrière, lié(e)s à la période de la dictature de Ben Ali.

Elle commente avec la voix et avec le corps, les lentes dérives administratives, les brimades multiples du ministère, permettant de faire passer la dictature de Ben Ali de l’obligatoire « c’est mieux que les militaires » au culte de la personnalité. Mais devant le peu de réception de son interlocuteur, guitariste, plus jeune et d’origine moins select, elle se met à rentrer plus en profondeur et à parler de la peur, de la lâcheté et des brimades policières plus ordinaires. De la figure d’intellectuelle droite dans ses bottes, fière de ses résistances dérisoires au final, elle passe à celle de la femme isolée dans un milieu dur et policier.

La pièce reste un impromptu, décidé dans la minute, réalisé dans la semaine. De ce fait, les deux auteurs/interprètes font appel à des matériaux simples, des mouvements qui se réfèrent au passé de la danseuse, des arrangements que l’on imagine recyclés d’autres voyages musicaux. Mais c’est ça un impromptu !

On n’est pas dans l’original, on est dans le sincère et dans l’introspection politique. Cela n’interdit pas la construction. Il y a un début, il y a un climax, il y a une fin. Il y a surtout, à la fin, un public extrêmement touché. Touché à des degrés divers évidemment, suivant qu’on a été contemporain de Bourguiba… ou pas. Mais touché par, à la fois, la qualité du propos et sa pertinence. Merci !

PS : On trouve des infos sur Nawel là, CLIK.

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