Desire Davids ; Interview

Posted on 27 juin 2011

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Réalisé à la salle 3, à l’occasion de la création de la pièce « Who is this… Beneath my skin ? » (Article en construction)

Avant de passer l’interview, un petit mot pour dire le choc qu’aura été la découverte de « Who is this… beneath my skin ? » (Qui est-cette personne… sous ma peau ?) Il s’agit d’un solo… à première vue. En fait, il s’agit d’un duo pour danseuse/femme et vidéaste (femme aussi, ce qui a probablement son importance). L’espace de la scène est magnifiquement utilisé, dans toutes ses dimensions. Et quand on dit cela, c’est aussi pour signaler qu’à un moment, le spectateur, dans la partie de ping-pong que se livrent la danseuse et son image vidéo, se donne l’impression de regarder par dessus ! Sans artifice, c’est simplement la conduite des regards qui stabilise le spectateur, le fait regarder autrement.

Une image va fausser tout votre perception. En même temps, elle va permettre d’un peu comprendre.

La vidéaste est sur la droite (invisible là !) Elle filme de face et Desire est de profil pour nous. L’image est presque en perpendiculaire de diagonale (mais l’écran bouge un peu au cours de la pièce – et n’est pas toujours utilisé comme écran – d’ailleurs au départ, c’est peut-être une prison, ou un ventre maternel…) Bref, y a du boulot… (réalisé en partie avec l’aide de Faustin Linyekula qui lui aussi a oublié d’être bête !)  D’où la multiplicité des points de vue.

Le pire, c’est qu’au fond, cette maîtrise de l’espace et des éclairages est de la broutille devant la puissance de la danse, ancrée au sol et la maîtrise musicale du rythme de cette danse. Un passage utilise les pieds faisant éclater des bulles de plastique. Il n’y a pas d’autre mot que « c’est le pied« … (désolé !). Et d’ailleurs, un moment, devant ce corps, ce simple corps, (pourtant, elle est menue en fait !) devant ce qu’il dégage, j’ai pensé à mes enfants et me suis dit « ça envoie du lourd ! » Du moins, ça m’a traversé l’esprit… J’utiliserai une métaphore. Ce qui compte dans le son, d’un groupe de rock par exemple, ce n’est pas nécessairement la puissance des amplis. C’est plutôt le fait que la corde de basse et la baguette sur la peau de batterie tombent en total accord de synchronisation ! Ben là, on avait quelque chose comme ça au départ. Une danseuse, quoi ! Comme en plus elle a vraiment réussi ce tour de force scénographique (dont nous avons parlé précédemment), on peut dire que c’était un total accomplissement.

Presque accessoirement (au fond, je ne le pense pas… comme je lui ai dit après, j’ai manifesté contre l’Apartheid, alors la situation actuelle me fait vraiment plaisir), il y a une histoire intime derrière/dans la pièce. Une histoire d’identité, de réussite contre les obstacles. Il y a aussi l’histoire d’une petite fille qui devient princesse de conte de fées, avec les moyens du bord. Il y a donc, en deux mots, quelque chose de profondément humain et simple. Mais c’est la cerise sur le gâteau, en quelque sorte. Le gâteau de l’oeuvre d’art scénique, qui parle au fond du ventre. Avec deux pieds qui battent le sol avec force et douceur…

Vous avez grandi pendant l’apartheid ?

Oui, pendant les années 60. Mes parents, depuis plusieurs générations sont ce qu’on appelle des « colorés ». Ici je pense que vous diriez « métis ». Nous ne sommes pas assez blancs (A l’heure actuelle, nous ne sommes pas assez noirs !). Les différentes catégories de peau étaient séparées.

Comment s’est passée votre apprentissage de la danse ?

Nous suivions les mêmes cours que le blancs. Mais nous étions derrière les blancs, au fond de la classe. Nous ne pouvions pas nous toucher… Ni même toucher les affaires des blancs. Une fois, quelqu’un a fait tomber quelque chose. J’ai voulu le ramasser, j’étais petite, cela a été très tendu tout de suite, je n’avais pas le droit de faire ça.

Les professeurs étaient… ?

Blancs, évidemment.

Comme dans la fameuse photo ?

Oui, exactement.

Vous êtes ensuite fait des études !

Oui, c’était la même chose. Des salles séparées pour manger, etc.

Et comment se passaient les histoires d’amour ? Étaient-elles possibles ?

Oui, il y en avait, mais il fallait se cacher. Le problème était surtout avec ceux qui n’aimaient pas , ne voulaient pas les relations entre couleurs. Qui étaient interdites. Ils dénonçaient, faisaient le scandale. On subissait des blâmes et cela pouvait aller jusqu’à passer la nuit en prison.

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