Stephanie Tiersch, I Fen Lin ; Avant première de « White Landing »

Posted on 24 juin 2011

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La Salle 3, le pays enchanté des danseuses…

Ainsi donc, nous aurons pu découvrir, grâce à « Mouvements sur la ville« , le travail de Stephanie Tiersch, chorégraphe de Cologne. Dans le public qui attendait le spectacle, nous avons pu voir Patrice Barthés qui sautait au coup de Stephanie Tiersch… Information anodine au premier abord… en même temps très révélatrice de l’importance de la chorégraphe. Qui passe en Allemagne la connait ou au moins a entendu parler d’elle. Ici, à Montpellier, c’était la première possibilité de la rencontrer… C’est que le Directeur de Montpellier danse a toujours affirmé détester la culture allemande (il l’avait d’ailleurs déclaré en conférence de presse ce qui avait provoqué un clash avec la Maison de Heidelberg !) De ce fait, nous avons toujours raté les chorégraphes allemands malgré quelques tardifs efforts, qui se sont d’ailleurs quasiment arrêtés dès que Montanari a pu passer un deal avec Raimund Hogue (qui est germanophone mais pas allemand au sens strict – mais ne poussons pas le bouchon trop loin).

Les deux pièces qu’elle aura présentées l’auront été de manière un peu spéciale. D’une part une lecture-démonstration (voir ici, CLIK). D’autre part une avant-première : « White Landing » qui a mon avis, en l’état actuel, est une pièce « non finie ». Dans les deux cas, c’était un beau moment de plaisir, avec des caractères très voisins. En même temps, ce n’est pas totalement ma tasse de thé « fondamentale » et je vais essayer d’expliquer pourquoi un peu plus bas.

« White landing » met en scène un petite danseuse et un mince guitariste équipé de pédales et d’un ampli (une bonne photo valant mieux qu’un long discours dans ce cas : voila !)

Il y a des lumières blanches et déchirantes un peu partout, à plusieurs hauteurs du sol au plafond. Deux grands tapis de laine délimitent un espace où se roulera la danseuse. Celle-ci enchaîne les moments, avec parfois une pure hystérie et beaucoup de passages de karaoké. C’est que le son des amplis joue un grand rôle, ainsi que cette spécialité acoustique de l’ampli, le larsen. Toute la pièce est conçue comme une montée. On commence assez cool, sans trop de son, y compris avec un diaporama évoquant le passé asiatique, les petits enfants choyés (I fen Lin est taïwanaise). Au fur et à mesure de la pièce, le son montera et avec lui la distorsion. La fin sera d’ailleurs liée à I Fen s’emparant du jack câblé de la guitare et faisant d’horribles bruits de masse amplifiés. On pourrait en avoir une lecture de pouvoirs, le guitariste étant couché et la jeune femme debout… En même temps, leurs relations n’ont pas été si fortes, ni leur intimité si grande.. Se sont-ils vus ou connus au cours de la pièce, ce n’est pas si sûr.

C’est là peut être qu’il faut revenir à la pièce de la veille. Là aussi on avait une danseuse virtuose, capable de tenir en haleine le public par la seule puissance de son corps controlé, à la limite de la séduction et en même temps du pétage de plombs irréversible (dans le cas d’I Fen : « mais elle va se le mettre où ce jack électrifié  ? arghhhhh…« )

La belle et la bête tout à la fois. Le charme érotique et les assiettes jetées à la tête (avec quelques couteaux bien aiguisés en prime). La mégère apprivoisée ? Oui, enfin, apprivoisée, si l’on veut…

C’est maintenant qu’il faut rappeler que Stephanie est une femme… et que la Salle 3 est dirigée par une femme (Hélène Cathala)… qui dans son avant-dernière pièce (« la jeune fille ») met en scène une très belle jeune danseuse, à la technique de danse affirmée, qui prend le pouvoir sur scène sur une série d’appareillage technologiques ! Alors, les danses elles-mêmes, les éclairages, les musiques ne sont pas si proches que ça, au fond… Mais l’esprit est à noter. Une danse de femmes. Qui prennent le pouvoir. Dans la difficulté certes… dans l’effort démesuré certainement… Mais qui y arrivent en tout cas.

(Si j’ai mis un bémol au début de l’article, c’est que ma danse préférée est une danse architecturale qui met en musique les images… Bon, on ne se refait pas. Cela ne m’empêche pas de voter pour les femmes quand c’est possible)

Si j’ai dit plus haut que la pièce n’était pas finie, c’est bel et bien parce que je n’ai pas été convaincu du tout par le cut de fin. Mais il s’agissait d’une avant-première (merci d’ailleurs à ce sujet, quelle marque de confiance pour le public de « Mvts sur la ville » !) Je pense qu’il y a des petites choses à revoir dans cette fin. Mais dans le genre pièce d’esprit rock’n’roll, coup de poing et plaisir de la danse, amour des interprètes, c’est vraiment super. (Le guitariste est Joseph Suchy et la qualité de son son joue un rôle considérable).

Voila désormais le problème. Non seulement il faut adhérer aux fan-club de Stephanie tiersch et Alexandra Naudet, mais en plus il va falloir trouver celui de I Fen Lin ! Bon, comme ça fait du boulot, on peut voir mon admiration dans la galerie.

Note : Ah, l’immense supériorité de la photo dans certains cas de description. Si Balzac avait connu ça !