Presque en direct du Grand direct

Posted on 8 juin 2011

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Le mardi 7 juin a eu lieu un « Grand direct » sur Menace Tv, la télé homemade de François Lopez, des Gens du quai.

Est-il utile de commenter/critiquer quelque chose qui est accessible sur le web et qui est produit pour ça ?

Non, assurément, non. Mais par contre, parler du sujet de ce Grand direct a quelque chose d’important. En effet, il s’agissait, en quelque sorte, de donner la parole aux enfants de la classe artistique de 6ème des Escholiers de la Mosson, avec qui les Gens du quai ont travaillé toute l’année.

Un petit mot tout d’abord sur le Collège. Il est situé en plein cœur de la Paillade et il reflète évidemment tous les problèmes de ce quartier. Si celui-ci est très équipé et pas du tout abandonné par la municipalité ou le Conseil général, il est, par contre, heurté de plein fouet par le racisme à la française, c’est à dire que sa population d’origine maghrébine n’a pas accès à l’enseignement supérieur et n’a pas accès non plus à des boulots dignes ou des salaires décents (c’est lié). Le fait (j’utilise ce mot à dessein – il ne s’agit pas forcément d’en discuter les raisons) de ne pas accéder à l’enseignement supérieur a un feedback : il projette sur les enfants une aura d’avenir scolaire très négative. Bref, les gamins du collège vont rater leurs études et de ce fait, rater quelque chose dans leur vie. Le collège ne se laisse pas faire. Il réagit à cette chape de plomb mental en associant chaque classe à un projet. Et par exemple, une classe de troisième vient de gagner le concours 2011 « Faites de la science » et je connais deux gamines de cette classe qui ont des étincelles dans les yeux quand on leur parle de chimie ! (L’idée sous-jacente, c’est que celles-ci vont tout faire pour arriver à l’université ! Et que c’est déjà une bonne partie du travail qui est fait.)

Or donc, le conseil général, par le biais de Hérault Musique Danse a tout fait pour qu’il y ait une « classe artistique », c’est à dire une classe qui « tourne » entièrement ses enseignements vers l’art. Chaque prof manage son cours en accord avec l’intervenant artistique (et ce n’est pas rien comme projet – même si en même temps, c’est très simple). L’intervenant artistique, ce sont les Gens du quai… Et on comprend pourquoi : la compagnie présente l’intérêt d’être à la fois tournée vers la danse (le corps a une importance fondamentale dans l’éducation, on le sait depuis les grecs antiques… mais ici on l’a un peu oublié), l’art plastique (et vivre dans un environnement comme la Paillade a ses effets psychologiques), la vidéo (l’écran est quand même aujourd’hui le regard des jeunes), le théâtre de performance, l’action sociale, l’action psychiatrique (formation initiale d’Anne Lopez), les origines diverses, le commitment (je pense que le mot anglais est plus engagé que le « engagement » français), le « pas froid aux yeux », etc.

La prise de risque est folle. Les élèves ne sont pas sélectionnés ! Tant qu’à être dans l’utopie ! On constitue une classe comme les autres et hop ! A  noter que le plus difficile, ce sont encore les parents. Leurs enfants ne vont pas faire comme tous les autres. Ils vont aller dans des lieux un peu bizarres : des Frac, des CCN, des théâtres.

Et tant qu’on y est, on va travailler sérieusement. C’est à dire qu’une équipe de recherche de sciences humaines va regarder ça et travailler dessus (et qu’on obtiendra/mobilisera des financements pour çette recherche !) De l’utopie réalisée, on vous dit.

Aussi, ce Grand direct ne doit pas pour une fois être analysé avant tout comme une performance artistique. De mon point de vue (qui est peut être idiot, mais là je me sens obligé de partager/séparer les choses), il faut (mais qu’est-ce que je raconte ? Je l’ai regardé comme ça, voila tout !) regarder les enfants ! Et s’il saute aux yeux qu’il y a des gamins à problèmes, on ne voit aussi là désormais que des gamins à solution, si j’ose la figure de style. C’est à dire que cette opération montre qu’il n’y a rien de fatal dans l’éducation, il n’y a qu’un problème de mise en œuvre des moyens. Et ça, c’est un message qui dépasse le seul artistique de l’affaire.

Un autre truc m’aura frappé. C’est quelque chose qui a un lien avec l’intégration, au sens de la tarte à la crème politique, en ce qui concerne les populations immigrés. Les parents étaient là, dont une mère portant un foulard assez strict. Je dis une mère, mais peut être était-ce une sœur, peu importe. En tout cas, avec son téléphone portable dernier cri, elle photographiait la scène et les enfants. Des enfants qui s’exprimaient par l’intermédiaire de leur outil technologique-canal-habituel, c’est à dire la télévision. Et qui, dans ce contexte, ne se voyaient pas différents du reste du monde. Alors évidemment, j’ai ressenti une petite inquiétude : l’intégration, c’est aussi la mise au format. Et puis une autre inquiétude, naissant là par comparaison avec la scène et que je ressens régulièrement devant les étudiants : notre mode éducatif a des qualités mais il est souvent bien ringard !

Mais tout ça, c’est des niaiseries devant l’enthousiasme (et surtout pour moi, qui ai longtemps vécu à la Paillade, en regardant ce soir-là les gamines) généré par ce truc.

Il faudrait dire du bien des artisans de la chose. Mais ils sont tellement biens qu’ils s’en fichent : le résultat est là et il saute aux yeux. Et ça suffit à leur bonheur.

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