Hybrides, oui ; Preljocaj, non ?

Posted on 31 mars 2011

0


Si vous suivez ce web-magazine, vous savez que mes relations avec l’art de Preljocaj sont particulières. Pour ceux qui n’auraient pas suivi, en deux mots : l’art de Prejlo est à mon sens quelque chose de trop tourné vers la satisfaction du public. Il y a une série de messages (qu’il est possible d’appeler des trucs) qui donnent satisfaction. Je pense par exemple à son utilisation du corps (souvent dénudé) des femmes (en fait des belles jeunes filles !) Je pense à son utilisation de la musique (qu’il va toujours choisir dans les tubes, un signe qui à mon avis ne trompe pas). Bref, il correspond à ce qu’on appelle en musique le « middle of the road« , ou en France post-68 au « commercial » !

En même temps, voici une paire d’années, il s’était risqué en solo et même si l’écriture n’avait rien de bien risquée ou de novatrice, j’avais vraiment trouvé ça très bien (on notera que la prise de risque  (choquer ou déplaire à son public en attente de grosse patisserie colorée) n’était en rien une prise de risque financière : un solo n’est pas si couteux que ça à produire).  Malgré ce…

En cette période fort troublée, j’ai très peu envie de me frotter à cet entertainement là. Je pense que notre époque a besoin d’engagement et j’ai tendance à me choisir des formes d’art qui tiennent une certaine ligne morale. Faire le beau, éventuellement à la Cour, peut plaire à certains artistes. Mais ça ne risque pas de m’attirer en ce moment où la Cour me répugne, voila tout.

D’autre part, j’ai toujours associé la danse contemporaine à une certaine forme de libération, de l’esprit et du corps. On ne va pas développer là, mais les relations corps-musique, le rapport au frontal, au costume, l’absence de soliste, l’apport du hasard, tout ce qui fait la danse « contemporaine » est lié à la liberté. Le marketing a récupéré la liberté du corps. En même temps, on peut dire que la liberté du corps est à peu près acquise (encore que le retour à un certain puritanisme s’observe, mais on peut aussi voir ça comme une résistance à l’exploitation commerciale et sexuelle du corps des jeunes et surtout des jeunes filles, alors…)

Par contre, à partir du moment où la liberté de pensée est récupérée, elle n’est plus la liberté de penser, c’est un phénomène assez étrange mais facile à expliquer (sur une copie du bac, par exemple, alors on évitera…)

De ce fait, tout ce qui atteint ma liberté de pensée, je le fuis.

A l’inverseHybrides se place donc là : un théâtre qui a passé le cap de la fin du 20ème siècle et qui a donc vu la « danse contemporaine ». Et un théâtre qui parle de la liberté de pensée.

Je dois dire que j’ai été renversé/enthousiasmé par la création de Julien Bouffier : MANIFESTEment. Cest un travail sur l’actualité. Cela part des manifs de fin 2010 et cela s’arrète hier, à Fukushima. Il recycle des mises en scène qu’il a déjà faite, les mixe à des effets d’internet et à des trucs purement théâtraux. Ses interprètes usent de leur corps avec toute la liberté donnée par la danse (et c’est pour ça que je n’hésite pas à en parler ici). La musique est convoquée comme dans une chorégraphie et la scénographie est d’une efficacité folle (avec des vrais bouts de ficelle apparents dedans). Une actualité de la technique au service d’une reflexion de l’actuel, sur une scène qui est une rue. Bref, la vie, bien loin du Corum. Dans ces temps de discrimination, d’exclusion, d’expulsion, on pourrait aller vite en disant qu’il a choisi son camp, non ? En même temps, c’est faire un procès d’intention à tous les artistes qui ont envie d’utiliser la scène du Corum. Ce serait abusif…

Mais voila, ça me rappelle la période du punk. A des moments importants, il faut choisir son camp, même si on sait que cela tient un peu de la plaisanterie, voire de la mascarade. Mais secouer le cocotier tout en étant une mascarade, n’est pas inutile. Voila. Voir Hors-lits, voir Hybrides, ne pas voir Prejlocaj. Ben oui… c’est assumé.

Publicités