Matthieu Hocquemiller

Posted on 17 mars 2011

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a présenté « Bonnes nouvelles » au studio Cunningham.

Il faut parfois savoir ne pas faire la fine bouche. Matthieu Hoquemiller n’a pas une compagnie bourrée de subventions, ou en d’autres termes, n’a pas pignon sur rue. Il n’empêche que j’ai passé un excellent début de soirée en « voyant » « Bonnes nouvelles« .

La pièce est assez courte et divisée en plusieurs parties. (On peut faire quelques petits reproches qui n’enlèvent pas le bon esprit général du travail : les parties sont un petit peu décousues, surtout entre le début et la fin.) Elle va vers un climax et s’achève ensuite avec une partie tirant plus vers le méditatif que vers le morceau de bravoure. Ce qui permet de partir avec une certaine satisfaction.

La pièce traite de la perception des corps des autres par les uns (nous !). On peut donc saisir assez aisément les propositions qui nous sont faites : le corps déguisé, les corps compris « à l’envers », le corps échangé (au moyen d’un excellentissime travail vidéo), le corps fractionné, le corps habillé (donc caché/déguisé).

Un petit discours au mitan de la pièce permet de se situer politiquement. En gros: qui sommes-nous pour décider des identités des autres ? Discours tenu avec une certaine gravité (on est quand même dans un temps d’expulsion et « d’identité nationale ») mais tenu aussi avec un certain humour… qui rejoint un certain optimisme de la musique (d’une très haute tenue).

La grande qualité de la pièce est le mélange fin d’une grande qualité du geste, d’une lumière simple mais d’une grande efficacité, d’une interprétation technique remarquable, d’un choix des corps interprètes (en plus des qualités du geste et de la technique de danse) impressionnant. Ainsi, l’accord des corps de Léonardo Montecchia et de Mathilde Gautry est stupéfiant ! (voir note)

Le seul bémol que j’y mettrais est proprement personnel et n’a donc pas de valeur critique. J’ai perçu un aspect 2D dans l’ensemble du propos. Comme si le seul avenir de cette danse, comme si le seul avenir du corps (et donc, si l’on suit le propos de cette pièce : de l’individu) était le plan de l’écran télévisuel. Comme si aussi (au moins à un moment) les danseurs répondaient à des images « vues à la télé ». Et comme ils y répondent par une imagerie de dessin animé (au début), par des projections vidéos, d’abord sur des corps mais ensuite sur un écran, le message m’a paru évident. L’avenir du corps, c’est sa projection en 2D ? Brrrrrr. Ce n’est probablement pas ça la « bonne nouvelle ». En tout cas, elle m’a refroidi.

PS : Tout à fait dans la direction générale déjà relevée par ailleurs : Hocquemiller progresse. Ses pièces sont de très belle tenue désormais. S’il se met à disposer de moyens financiers, il est un des auteurs d’avenir dans la région. Et l’on peut remarquer qu’un de ses danseurs (Léonardo) est dans le même cas ! C’est un signe, non ?

Note : On voit bien sur la photo que Mathilde et Léonardo n’ont pas le même physique (ceci dit, l’un n’est pas grand là où l’autre serait petite). Et on sait bien qu’ils n’ont ni le même type de musculature ni de pilosités comparables (ah, ah). Il n’empêche qu’il y a un moment dans la chorégraphie où l’on arrive à les confondre. C’est d’ailleurs le climax de la pièce. Un moment magnifique.

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