La nouvelle presse et la danse !?

Posted on 27 février 2011

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Comme à l’habitude, la récente édition (février) de Chronic’Art, mensuel traitant d’art et de recherche, est excellente. Elle traite de plein de choses, mais je m’intéresserai ici à la question du data-journalisme. Il s’agit d’un concept né récemment, avec l’internet, et qui perturbe pas mal en France, du fait que tous les pays s’y sont mis, sauf évidemment (à part quelques originaux) notre douce patrie. Partout ailleurs, les journaux font ça très bien et cela semble apprécié du public.

Avant de discuter des causes et des effets, qu’est-ce que le data-journalisme ? C’est une forme de journalisme où l’on interprète les données qui proviennent d’une part des banques de données, d’autre part du flux d’informations de l’internet. On en a vu un exemple récemment chez Julien Bouffier qui animait au théâtre de la Paillade un débat, à partir d’images d’émeutes en Egypte, jamais vues en France sur les chaînes de télé. Il y avait donc une information issue d’une collecte originale, mais où l’on ne se déplace pas sur le terrain. En quelque sorte, ce data-journalisme là ne sort pas de la vocation première de la presse ou du journalisme : collecter l’information, l’interpréter, la transmettre.

La grosse différence n’est pas issue d’une question morale ou fondamentale. Elle provient dune question d’échelle de temps. Autrefois, pour avoir accès à une masse d’informations, il fallait écumer les bibliothèques et y passer beaucoup de temps. On était donc dans le tempo de la recherche et non pas dans le tempo de l’actualité. De même, pour collecter les données venant du monde entier, il fallait le temps d’un demi-tour du monde, soit 80/2 = 40 jours, jusqu’à la guerre de 14.

Désormais, la frontière entre recherche (temps long sur les données) et journalisme s’est effacée. Il faut être capable de brasser les données d’une thèse en une demi-journée, à la fois dans le journalisme et dans la recherche (je peux vous le dire !)

Un des problèmes de l’introduction du data-journalisme en France vient de là. Il faut (comme partout ailleurs) faire passer le niveau de compétences du journaliste (5 ans d’études sans apprentissage de la recherche) à des études avec apprentissage de la recherche. En général, le diplôme correspondant est la thèse… D’autre part, il ne faut pas avoir de blocage technique vis-à-vis de l’informatique, par exemple, et comprendre les concepts statistiques. Autrement dit avoir une formation en maths que je considère comme de base, mais qui l’est en France uniquement pour ce qu’on appelle les scientifiques (Bac S). Les autres, regroupés sous l’étiquette littéraire sont très loin d’avoir le vernis équivalent ou la possibilité de va-et-vient culturel communs aux autres pays (on a là un phénomène intéressant et propre à la France : pendant très longtemps, la division des études entre lettres et sciences et la limitation/spécialisation des études de sciences au concept et au niveau d’ingénieur français (5 ans d’études très couteuses) a fait merveille. La France a gardé un niveau technologique et littéraire qu’elle ne justifie pas par ailleurs (puissance économique, nombre de personnes, âge moyen, etc.) Depuis quelque temps, on voit bien que ce modèle dérape complètement. Quel outil récent et important a été inventé en France… depuis le vélo ? (voir Note))

Un des points intéressants du dossier de Chronic’Art est la question des pages « culture » des journaux. On voit bien qu’elles sont (en France) en train de disparaitre du support papier. Une des raisons apparait en filigrane du dossier. Petit à petit les rédactions se « remplacent » et évidemment on privilégie les journalistes capables de passer (de manière un peu ringarde jusqu’à présent) à l’internet. Même s’ils sont très loin du niveau des anglo-saxons adeptes du data-journalisme, leur modèle est plus ou moins là. Or, il est très difficile de passer l’art à la passoire du data journalisme ! Et si on le fait, c’est très probablement stérile : « combien d’occurrences de la note la dans une pièce de John Cage ? » Hum ! Encore plus en danse contemporaine où décrire la danse, c’est tout simplement la reproduire. Il ne peut pas y avoir de « pitch ». On est dans un cas où on ne peut pas réduire à la plus stricte information. Tout doit y être : la carte, là c’est le terrain !

D’où – même si évidemment ce n’est pas le seul facteur – l’abandon par beaucoup de jeunes journalistes du secteur artistique. Autrement dit : quand la direction de la rédaction vous pousse à laisser tomber l’art, il faut être considérablement motivé pour tenir sa page tout de même. Et ils ne sont plus motivés à priori, puisque ce n’est pas là que se fait l’avenir du journalisme !

Pour finir, une remarque. La France est un des rares pays du monde où la presse est en grand danger à la fois dans son mode de diffusion majeur (le papier) et dans son concept même. Ce que je veux dire par là, c’est que même sur le net, les lecteurs ne suivent pas ! En général, partout dans le monde, ce sont des journalistes qui ont les sites qui marchent (peut être pas financièrement, mais au moins en nombre de lecteurs). En France, ce n’est pas du tout le cas… Pendant ce temps, Marie-Christine Vernay dans Libération nous signalait les changements récents à la tête de deux Centres chorégraphiques nationaux. Et tressait les louanges des deux nouveaux directeurs. Quel dommage, s’ils étaient si bons, qu’elle ne nous en ait jamais parlé dans les 20 dernières années ! La crédibilité, c’est quand même le cœur du problème ! Comment lui faire confiance après ça ? Elle change de goûts esthétiques en fonction des circonstances, non ?

Note : dans les inventions françaises qu’on utilise, on peut citer le briquet Dupont, la carte bleue et le porte-bouteille Chanel. C’est lié au fric tout ça, pas aux idées… Pour les idées, à part quelques pneus et quelques verres ? Hum, la traction avant ? Il faut que je vérifie… Si vous avez d’autres idées, je suis preneur.

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Posted in: Réflexion