Georges Frêche vient de mourir

Posted on 12 février 2011

0


Un article en souvenir…

Peut-être allez-vous être surpris du simple fait qu’il y ait ici un texte sur Georges Frêche ! Mais il est important lors du décès d’un fondateur de rappeler qu’il l’a été, fondateur !
Et incontestablement (c’est un témoin qui écrit ici : j’ai participé à la première campagne électorale de la gauche unie à Montpellier en 77) Georges a créé de toutes pièces la « culture » à Montpellier. Il l’a fait sur des bases discutables, mais il l’a fait.
Bases discutables parce qu’il est passé au dessus de toutes les associations qui vivotaient à l’époque, pour imposer des individus-stars de leur genre, qui n’étaient pas de Montpellier (ce qui laissait des militants écœurés de tant de manque de reconnaissance, eux qui avaient porté à bout de bras, contre une droite bas-du-front leurs luttes culturelles). Il l’a fait pour la musique, pour la danse (avec Bagouet), tout le monde le sait. Mais il l’a aussi fait pour la photo, le théâtre par exemple.
Et il y a des choses qui n’ont pas marché (la photo fut le cas le plus net, mais il y en eu d’autres). Les deux qui ont vraiment marché du feu de Dieu, ce sont la musique et la danse. Le cinéma, par l’intermédiaire d’associations (dont les fondateurs de Diagonal/Utopia) a lui aussi finalement percé, mais un peu contre Frêche, et pas mal d’années après la « politique du premier mandat ». Les musées ont eux aussi démarré bien plus tard. Le théâtre n’a pas vraiment réussi avec Savary, mais  nettement après (voir Note).
On passera sur le fait que cette politique-là de Frêche était aussi une facette de la politique nationale du PS qui « volait » littéralement les idées du PCF (portées dans l’Hérault par Nicole Ginot, militante historique du PC montpelliérain). Et sur le fait que la politique culturelle de Montpellier bénéficia franchement de la présence de Jack Lang au ministère à la même époque. On ne peut pas épiloguer sur les concours de circonstances.
Non, ce qu’il faut retenir, c’est que Frêche fit le pari du développement par la culture artistique de haut niveau, comme facteur d’intégration sociale et de communication. Seul, contre tous les élus, au forceps. Car, si effectivement quelques militants locaux faisaient le même type de pari, y compris avec des conceptions beaucoup plus démocratiques et moins m’as-tu-vu, ce n’étaient que des militants ! Leurs partis ne les mettaient jamais en position de force, ce qui est un signal plus qu’important ! Et là je ne parle même pas de la droite, qui ne réclamait que les tournées Karsenty (ça existe toujours, ça ?).
Tout ce qui est bon en musique et en danse et – au fond – en théâtre, et qu’on ait vu à Montpellier, il faut le dire : c’est politiquement grâce à Frêche. Tout ce qui a été monté et montré par ses adversaires politiques, c’est en réponse, en réaction, par rapport à lui (y compris des trucs à Villeneuve-les-Avignon ou un musée à Lodève). Si l’on laissait la droite faire, il n’y aurait que des concerts semi-religieux (à Saint Guilhem par exemple), de la peinture pré-art moderne et des ballets sur pointes au vieil opéra. Si on laissait les socialistes, il ne resterait que de l’action culturelle (et n’était-ce déjà pas le cas depuis que Georges se concentrait sur la Région et délaissait la ville ?) Quant au PCF, il s’est perdu et les Verts ne se sont pas trouvés.

Seulement voila, aimait-il l’art ? Je me permet d’en douter (voir Note). Et je pense que l’un des problèmes de sa grande crise de confiance avec les artistes vient de là. Plus l’histoire des fondations s’éloignait, moins la confiance que l’on pouvait lui accorder pouvait s’installer. Car on sentait bien qu’il n’aimait pas ce que ses lieutenants défendaient, Montanari en étant un exemple criant.

Mais bon, voila une page d’histoire qui se tourne. L’opéra est l’un des bons établissement européens, la danse a une maison intéressante. (Mais le théâtre est banal, de même que la salle de rock… ou les musées. Car on est passés à 300 000 habitants et si l’on compare, il n’y a rien de si surprenant ici. Ceci dit, il faut aussi regarder à l’aune d’une des régions les plus pauvres de France.)
Il faudra maintenant trouver des hommes politiques de stature et ayant la possibilité d’être élus pour faire vivre une deuxième étape. Car l’on sait ce qui nous guette : des beaux bâtiments et un esprit provincial. Et Frêche était tout sauf un « provincial », au sens péjoratif que cela comporte. Il savait que cette région a une des histoires les plus riches du monde connu et qu’il n’y a aucune raison de ne pas être à la hauteur. Il savait aussi que cette région est byzantine dans l’âme et toujours prête à couler à force d’entre-déchirures. De là à penser que le Césarisme est la seule solution ? On ne le suivra pas jusque là… Mais on le comprenait.

Note : Le fait que Frêche ait installé identiquement des personnalités dans tous les arts possibles (sauf le rock, qui fut arraché par des manifs) signifie que : s’il y eu réussite, c’est par la conjonction d’équipes performantes et du public très particulier de la sociologie montpelliéraine (on peut dire que les jeunes allaient à la danse et les vieux à la musique puis au théâtre). Toujours est-il que Frêche n’a pas choisi la danse, par exemple. Il s’est adapté aux circonstances. Mais il est celui qui a donné le coup d’envoi !

Texte écrit le lendemain de la mort de G.F.

Publicités
Posted in: Histoire, Réflexion