Crise de la critique ?

Posted on 12 février 2011

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Un récent article de De Gubernatis dans le Nouvel Obs (journal de centre-droite) fait débat… Quelques commentaires.

L’adresse de l’article tout d’abord, afin que vous puissiez le lire avant toute chose : CLIKEZ!

Quand j’étais petit, on ne ratait jamais l’occasion d’inverser les phrases ! « Crise de la critique… critique de la crise ?« . On n’aurait pas raté ça ! Mais bon, je ne suis plus petit.

Le dernier spectacle de Boris Charmatz donné à Paris n’a pas plu à Raphaël de Gubernatis. Et comme son métier, c’est de jauger les spectacles, à sa propre aune (et en fonction de la déontologie de son journal) et en direction de ses lecteurs, il l’a fait. Manifestement, il n’a pas aimé, mais au lieu de se contenter d’une « indifférence négative », il y est allé assez fort, en assenant dès le début de l’article : « cela découle d’une pensée si indigente que ç’en est proprement affligeant« .

Evidemment, les fans de Charmatz ont un petit peu pété les plombs et en veulent très fort à de Gubernatis, au point de ne pas se rendre compte qu’il est bien seul à exercer ce métier, dans la France d’aujourd’hui et que si problème il y a, il vient peut être plus du manque de diversité et de couverture que d’autre chose.

Ce qui crée un problème. En effet, au lieu de lire ça parmi d’autres choses et d’essayer de comprendre ce qui pose problème à « dG », on s’attaque immédiatement à « dG », ce qui est en soi un scandale (mais s’attaquer aux journalistes est devenu tellement une habitude qu’on ne se rend même plus compte avec qui on s’inscrit historiquement !)

Or que lit-on dans l’article ? Que la pièce ne plait pas à « dG » et qu’il n’y voit pas de pensée structurée (et encore moins intéressante) et que cela lui pose problème du fait que Boris dirige désormais un CCN et donc prend une grande partie de l’argent du contribuable (je ne méconnais pas en écrivant cela le fait qu’il faut que les danseurs prennent l’argent du contribuable).

Il y a donc (enfin, c’est comme ça que je le vois) 3 points différents et « dG » est parfaitement légitime de s’interroger sur ces 3 points! Le journalisme s’inscrit dans la Constitution et dans les codes voir note) et est tout à fait autorisé à se poser des questions artistiques, intellectuelles et d’ordre « contribuablesque ». Et à y répondre comme il a envie.

De la même manière, nous sommes légitimes pour ne pas être d’accord, mais cela n’autorise par contre en rien une critique de la démarche.

Une fois cela dit, je tiens à me situer par rapport à ça, parce que des lecteurs m’ont fait part du sujet.

Sur le troisième point, la critique de « dG » me paraît fausse. On ne peut pas reprocher à Boris, qui vient d’arriver dans le système des « directeurs de CCN » les mêmes choses qu’à un vieux routier. C’est sur 5 ans qu’il convient de le juger. Si effectivement, dans 5 ans, de nombreuses voix s’élèvent pour dire qu’il n’y a pas de poids artistique, alors on pourra lui faire le reproche. Qui chez « dG » confond la sortie de route qu’il a vue avec une conduite toujours dangereuse.

Par contre, sur les 2 autres questions, je dois avouer une certaine empathie. Car : où avez-vous vu une pensée chez Charmatz ? Il y a effectivement dans ses interviews ou commentaires un déluge de mots… mais cela n’a jamais fait une pensée. Il y a une pratique de la scène qui est passionnante et qui a produit des chefs d’œuvre, mais y a-t-il une pensée ?

Alors que sur ce coup, la pratique étant ratée, ou du moins (n’ayant pas vu la pièce), si j’admets que c’est raté, il me semble évident que : le discours étant creux en général, il est forcément creux en particulier, mais que : là ça se voit !

Dernier aspect, celui de la solidarité générationnelle ! Je suis  à peu près de la même histoire de la danse que « dG ». Je dois bien dire que depuis quelque temps, le manque d’évolution de la danse « canal contemporain » me déprime pas mal. Le monde change énormément et on me propose des thèmes qui ne changent pas (et qui même sentent la vieille chaussette de l’underground américain des années 60). Ayant vécu ça en direct, le remake actuel (sans justification aucune – à l’époque, il s’agissait d’une lutte contre et contre quelque chose de tout à fait différent – et il ne s’agissait pas de gagner de l’argent qui plus est… Qu’aujourd’hui la même démarche artistique puisse se considérer comme fonctionnant en plus en gagnant de l’argent me paraît très suspect)) ne m’émeut guère.

Et j’ai vraiment le sentiment que c’est aussi ce qui lasse de Gubernatis. Il fallait cet événement pour que ça sorte.

A noter que dans le récent palmarès des Inrockuptibles, cette pièce de Boris fait partie des musts de l’année ! Ceci dit, dans tous les musts (cinéma, musique et surtout BD – il n’y a que la littérature qui ne me pose pas problème), je suis très réservé sur les choix 2010 des Inrocks. Je suis donc comme de Gubernatis, je vieillis. En même temps, ce qui me gène, c’est que ces choix ne me fassent pas vibrer, y compris en me choquant. Je les trouve très mous, ou timorés si l’on veut. Autrement dit : vieux !

NOTE : La loi est une série de textes. En haut de tous ces textes se trouve la Constitution, qui définit l’importance du droit à l’information et à la libre écriture. Ensuite, il y a une série de lois qui se retrouvent dans des compilations thématiques : les « Codes » (dont le plus connu est celui du travail, mais il n’est pas unique). Ensuite on trouve une série de jurisprudences.

Ecrit début décembre 2010

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Posted in: Réflexion