Le soapopéra de Mathilde Monnier m’a laissé de marbre

Posted on 24 juillet 2010

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Cela ne m’empêche pas d’aimer Mathilde ! Chronique d’une contradiction.

Plus les années passent et plus j’aime Mathilde Monnier, comme individu. Timide moi-même, je pense qu’il s’agit d’une grande timide qui a du mal à accorder sa confiance. Depuis un certain temps, quand je la croise, je trouve qu’elle m’accorde sa confiance. Je ne saurais dire pourquoi, ni d’ailleurs pourquoi je le sens,… disons que c’est une attitude corporelle. Et là je ne parle pas de rencontres générées par la danse, non, juste de choses entre personnes habitant la même ville… et s’y déplaçant à vélo.

Mais en même temps, je ne pourrais pas dire que mon amour pour l’œuvre de Mathilde croisse. Cet amour oscille sur un bizarre courant alternatif (dont la transformée de Fourier reste à faire).  Il y a des œuvres que je trouve époustouflantes, au sommet de ce que je considère comme de l’art. Et puis, il y a des moments où je suis à la rue. Il m’est difficile de trouver un artiste où je me situe sur un tel mouvement alternatif. En général (enfin, je crois) quand on aime un artiste, on aime tout, plus ou moins certes, mais pas avec des sommets et des incompréhensions. Il y en a évidemment où l’on voit une cassure historique (Victor Hugo), parfois purement technique (« où est passée la voix de Lou Reed ? »). Auquel cas, on refuse le « avant » ou « l’après ». Mais là ? Une telle incertitude, à quelques mois de distance.

Ceci dit, c’est aussi quelque chose qu’on peut admirer. Car elle prend des risques et ne se laisse jamais tranquille, à une recette.

Donc Soapopéra ? Ben, je me suis ennuyé. Je suis au fond persuadé qu’elle n’a pas assez mûri ce travail-là. Et que donc, les spectateurs à Beaubourg, dans quelque temps, verront autre chose, qui se sera amélioré. Il n’empêche, je ne pense pas que ce sera une grande pièce (elle tournera peut-être, mais on s’en fout ici !). Et je vais essayer d’expliquer pourquoi. (Ce qui fait que je risque d’être désormais en froid avec Mathilde, mais la dure vie de ceusses qui – pour une raison ou une autre – se retrouvent « critiques », c’est- s’ils aiment l’art – de se fâcher souvent avec les auteurs).

Première idée : elle n’a pas assez muri le travail. Je pense qu’il y a un problème de fond, d’accord entre le décor scénique et les objets graphiques. Le décor laisse apparaître les « ficelles » du théâtre (projecteurs, rangements,etc.). On est dans le temporel/daté. L’objet de mousse sèche est intemporel (mais vivant). Idem pour la grande plaque. Il y a un manque de logique quelque part , qui m’a heurté et m’a enlevé toute poésie. Et le message du trivial, et bien je ne l’ai pas perçu. Donc soit j’étais ce soir-là une buse (mais alors, tous les critiques que j’ai lu devaient être dans le même état, et là on doute !) soit il y a un problème.L’éclairage de ces différents objets graphiques était lui aussi très plat et pas du tout intéressant.

Deuxième idée : le sujet de la pièce n’est pas intéressant. Au fond, toutes les œuvres de Mathilde parlent du social, au sens relations conflictuelles entre les personnes. Cela peut être traité macroscopiquement (à l’échelle de la société occidentale : Les lieux de là, l’autisme, etc.)) ou localement (la pièce sur Montpellier avec le texte de Christine Angot, voila pas mal de temps, 1998?), mais en tout cas c’est le cœur. Cette histoire ( au sens faible, de « raconter des histoires ») sociale peut se croiser avec son histoire personnelle (la place du singe) ou pas (déroutes).

En tout cas, quand c’est creusé, c’est bon ! Quand c’est pas creusé (Nuit), c’est mauvais ? Peut-être pas aussi simple que ça, mais je me demande…

Ben là, on se demande vraiment ce qu’il y a comme social profond dedans. Il y a un premier fil, qui est celui des objets graphiques. Ce genre de fil est faible et en général, chez Monnier, le décor est toujours très intéressant. De là à en faire un carburant de la danse ! Et les rapports entre le quatre protagonistes, eh bien, je ne les ai pas compris et surtout je n’ai pas vu un fil qui ait ou du sens ou une intérêt quelconque dans la période que nous traversons.

C’est cette absence qui me gène fortement. Et c’est pour cela que cette non-histoire là, elle m’embête. Alors que la non-danse, du moment qu’il y avait une histoire, je l’acceptais sans difficultés.

Bon,  part ça, j’ai trouvé la musique particulièrement sans âme.

Est-ce que tout cela était voulu, pour faire une œuvre plate, sans couleur, déceptive ? J’en doute.

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