La rentrée de Frêche

Posted on 24 juillet 2010

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Est éclairée par une interview passionnante dans la Gazette. Il y a une phrase sur le Festival. Zoom !

En substance : « on va mettre le paquet sur le hip-hop. Et comme le Festival de commémoration a été un gros succès public, on continuera ».

Je ne voudrais pas tirer des pages et des pages sur une simple phrase. Mais bon, tout ce que l’on pense depuis pas mal de temps se confirme au fil des années.

Disons qu’aux alentours des années 2000, le Festival de danse de Montpellier se situait comme LE Festival français de même qu’il y avait Avignon pour le théâtre. C’était en gros ce que disait les pouvoirs locaux et l’état central (pas seulement la Culture mais aussi les Affaires étrangères).

Et puis et puis, la droite est revenue au pouvoir, avec d’une part sa volonté de recentralisation autour de Paris et d’autre part sa volonté d’en finir avec une économie subventionnée.

Ces deux choses ont heurté de plein fouet l’économie de la danse française. Et ont heurté par effet de transmission la vie des Festivals. L’arrêt de Montpellier-danse et d’Avignon en 2003 a eu des conséquences fort différentes sur chaque Festival. Avignon y a retrouvé une nouvelle jeunesse. A l’inverse, Montpellier-danse a perdu la confiance de son principal bailleur de fonds, tout en supprimant le renouvellement des cadres y perdant la possibilité de se rajeunir.

Je m’explique. Pendant pas mal de temps, Laurent Goumarre (encore visible en 04, clik, c’est lui qui a des lunettes noires)  a proposé une partie du programme. On aurait très bien pu imaginer qu’au terme de la carrière de Jean-Paul, il le remplace. D’autres hypothèses étaient envisageables, mais le progressif retrait de Jean-Paul allié à un renouvellement du concept était tout à fait envisageable en 2002-début 2003.

La perte de confiance de Frêche est vis-à-vis des artistes, pas du tout par rapport à Jean-Paul et à son équipe. Il n’empêche que Frêche n’est plus enclin à laisser les danseurs faire leur Festival et contraint de plus en plus l’équipe à des choix artistiquement peu intéressants (au choix : conventionnels, déjà vus, 20ème siècle, grosse scène, grand public, commercial, etc.)

L’état central n’est pas en reste. D’une part, il fait des économies. D’autre part, les parisiens ne vont qu’en Avignon. Il y a une première raison : en général, leur maisons de campagne sont plus proches de là que de Montpellier (ou alors, elles sont loin des deux !).

Mais la raison la plus importante, et bien on la connait pas ! Là, en Avignon, ils y vont, mais pas au delà ! C’est tout, c’est comme ça ! Parce que 3 heures et quart de TGV, c’est trop ? Peut-être bien ! Parce que les hôtels de Montpellier ne sont pas bien ? Peut-être aussi. Parce que au contraire, certains jeunes plus amateurs de musique amplifiée, de sable très chaud viennent eux à Montpellier… Peut-être oui… On est dans le multi-paramètres, si bien décrit par « les tontons flingueurs » : « Y en a aussi ! »

En tout cas, une chose est sure. Désormais, ni l’état central, ni les pouvoirs locaux ne veulent avancer sur l’idée que Montpellier-danse est LE Festival de danse français. On semble d’ailleurs s’orienter vers Avignon, comme seul Festival national pour tous les arts de la scène. On ne négocie pas d’augmentation plus que substantielle du financement du Festival.

Le coup est donc joué. Le Festival repose sur 22.000 entrées payantes. Point. L’agglo de Montpellier et la Région ont tout intêret à avoir des initiatives un peu importantes. Donc on continuera à investir. Mais pas plus que ça. Et le financement de la danse de qualité étant devenu ce qu’il est, avec une concurrence incroyable de la zone Chine-Japon-Australie, qui génère une montée des « salaires », le Festival de Montpellier déclinera peu à peu en intérêt artistique… à moins que, … à moins qu’on trouve un nouveau Goumarre. Parce que quand même, à l’époque, les Jérôme Bel (ce n’est pas Goumarre, ok, ok, mais peu importe) ou les Boris Charmatz, ils n’étaient pas si chers que ça, non ?

NOTE: Il faut toujours se rappeler que tout ce qui est bien (dont l’infrastructure) pour la danse à Montpellier a été acquis par Jean-Paul Montanari, depuis 2003, CONTRE Frêche ! Mine de rien, c’est un des seuls qui y arrive.

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Posted in: Réflexion